« Thérapie quantique », « communication quantique », « crème quantique », le mot « quantique » gagne du terrain dans la sphère des thérapies alternatives, des pseudosciences, ou même dans les réunions marketing de la cosmétique. Équilibrage, santé, guérison, spiritualité, nos cellules vivantes, tout serait « quantique ». Mais cette façade mystique, imbibée des notions de physique fondamentale, n’est rien d’autre qu’un détournement de cette discipline scientifique abstraite, complexe et fascinante : la physique quantique. L’usage excessif et déraisonnable de ce terme trouve sa véritable source aussi bien dans une curieuse extension des croyances New Age, que dans l’incompétence la plus totale des utilisateurs.
On parle de « quantique » quand on fait rigoureusement référence à une véritable science (voir encadré). En fait, le mot « quantique » sous-entend le fait que nous « quantifions » la matière.
Nous attribuons à la matière des quantités plus ou moins mesurables à l’échelle de l’infiniment petit. Par exemple, on peut mesurer et quantifier l’énergie d’une particule dû à sa composition, ou son déplacement dans l’espace. « quantique » est un adjectif qui permet aussi d’attribuer un domaine, ou un phénomène, à une description que seule la physique quantique peut décrire précisément (ordinateur quantique, électrodynamique quantique, intrication quantique, etc.).
Il est très important de comprendre que ce domaine, accessible malgré sa difficulté, est particulièrement exigeant en matière de connaissance en physique et en mathématiques.
Pour parvenir à l’étude de base de la physique quantique, il faut attendre au moins la 3 e ou 4 e année d’étude dans un cursus universitaire de physique. On ne peut se spécialiser dans ce domaine qu’en Master, et en faire son domaine central de recherche en se spécialisant au doctorat. Être un physicien demande au minimum huit ans d’études. Être réellement un spécialiste du domaine requiert encore du chemin. Si quelqu’un proclame utiliser la physique quantique pour vous guérir d’une maladie, posez-vous la question suivante : est-ce que cette personne possède vraiment des compétences en physique quantique ?

Pourquoi le mot « quantique » a-t-il autant la cote ?
Dans la sphère des thérapies alternatives : « Ça marche parce que c’est quantique ! ».
A travers ce genre d’affirmation, « quantique » est un tremplin afin d’éviter toute forme dejustification supplémentaire. Il s’agit d’un argument d’autorité dans l’objectif de donner une légitimité aussi bien irréfutable que scientifique. Or, la science est basé sur un corpus de connaissances qui avance en cherchant à se donner tort.
Une hypothèse qui ne peut pas être invalidé, autrement dit irréfutable, n’est pas un objet d’étude pertinent pour la science.
Par exemple, si je vous dis que les éléphants roses volants existent, vous ne pourrez jamais démontrer que c’est faux, parce qu’il faudrait vérifier chaque mètre carré de l’univers pour s’en convaincre, ce qui est impossible. Déroutant, n’est-ce pas ?
On ne peut réellement démontrer l’inexistence de quelque chose ! C’est pourquoi le cadre « irréfutable » et « scientifique » de l’expression « Parce que c’est quantique » n’est pas à sa place et qu’il ne faut pas en faire un argument autoritaire sur toutes tentatives decontestation.
Au delà de l’argument d’autorité, les partisans de la « médecine quantique » ou « thérapie quantique » cherchent simplement à lui donner une crédibilité, un caractère intouchable. En cherchant à le rendre intouchable, ils cherchent à associer le mot « quantique » à un bain mystique, invisible, fantasmatique, fondamentalement vrai et insaisissable pour le commun des mortels. C’est avantageux et séduisant, surtout quand le mot « quantique » se rapporte normalement à la physique qui traite les atomes dont nous sommes constitués. C’est alors qu’entre en scène une multitude d’aberrations et d’incompréhensions de la mécanique quantique de la part des partisans de ce type de thérapie. C’est parce que nous sommes constitués d’atome et que la physique quantique étudie l’échelle atomique et subatomique, que les fervents partisans de l’ésotérisme et de la spiritualité New Age imaginent des liens entre ésotérisme et physique quantique. Or, ils appartiennent à des domaines fondamentalement différents et ne devraient pas être confondus. L’ésotérisme se réfère à un ensemble de croyances et de pratiques occultes ou mystiques, souvent caractérisées par une dimension spirituelle. Il implique des concepts qui n’entrent pas dans les conditions d’une vérification scientifique et reposent souvent sur la foi, l’intuition ou des expériences personnelles subjectives.
Ce qui est loin d’être un bon point de départ, si on a le goût du vrai. La fascination pour le terme « quantique » ne cesse de croître, alimentée par une vague d’occultisme et de promesses de guérison miraculeuse. Mais en réalité, cette fascination masque souvent une profonde ignorance des principes fondamentaux de la mécanique quantique. Les partisans de ces thérapies détournent des concepts scientifiques complexes comme l’intrication ou la superposition pour justifier des pratiques qui, en vérité, n’ont aucune base empirique ou théorique solide.
Le « blabla quantique » Il est souvent utilisé dans des discours amphigouriques1, c’est-à-dire des discours embrouillés, obscurs et volontairement compliqués. Un exemple : « La résonance de votre esprit est en déphasage avec votre vibration quantique corporelle »

Ce qui ne veut strictement rien dire.
Un autre exemple emblématique de l’utilisation de discours amphigouriques pour promouvoir des concepts pseudoscientifiques est celui de Deepak Chopra. Il s’agit d’un auteur et conférencier bien connu dans le domaine du développement personnel et de la médecine alternative, qui intègre fréquemment des termes issus de la physique quantique dans ses explications et théories. Il utilise des concepts comme la « conscience quantique » ou la « guérison quantique » pour donner à ses idées une apparence de rigueur scientifique. Cependant, en réalité, les explications de Chopra sont toujours vagues, embrouillées et manquent de fondement scientifique, s’il n’est totalement absent. Il fait appel à des notions de non-localité, d’intrication et de superposition (encore!), mais sans les ancrer dans des preuves ou des théories reconnues par la communauté scientifique. Ce faisant, il crée un discours qui peut sembler impressionnant et révolutionnaire, mais qui est en grande partie déconnecté des réalités de la mécanique quantique telle qu’elle est comprise par les physiciens. L’utilisation de termes quantiques par Chopra et d’autres comme lui, joue sur l’effet de halo.
On ne soigne pas avec de la physique quantique.
Pour le public non spécialisé, le terme « quantique », associé à la science rigoureuse et à des technologies avancées, confère une crédibilité injustifiée à des théories qui en sont dépourvues.
Pour le public non spécialisé, ces discours semblent ouvrir des perspectives extraordinaires sur la santé et la conscience, alors qu’ils ne reposent sur rien. Chopra a ainsi su capitaliser sur la complexité et l’abstraction de la mécanique quantique pour construire un discours séduisant. Ses théories promettent des transformations profondes de l’esprit et du corps, mais en réalité, elles reposent sur une interprétation métaphorique et non littérale des concepts quantiques. En intégrant ces termes dans ses écrits et conférences, Chopra utilise un langage scientifique déformé pour promouvoir des idées qui relèvent davantage du développement personnel que de la science véritable.
En gros, il parle pour ne rien dire.L’utilisation du mot « quantique » est également un excellent moyen de communication et de marketing.
Dans une société fascinée par les avancées technologiques et scientifiques, le terme évoque des idées de modernité, de complexité et de mystère. Il attire l’attention et suscite l’intérêt, exploitant l’aura de sophistication et d’innovation associée à la physique quantique. Les produits et services étiquetés comme « quantiques » bénéficient ainsi d’un avantage compétitif, car ils paraissent plus crédibles et attrayants, même si, en réalité, ils n’ont aucun lien substantiel avec la mécanique quantique. Je vous invite très fortement à aller regarder une vidéo de « G Milgram » sur Youtube qui parle de la sortie d’une crème quantique d’une entreprise cosmétique dont vous connaissez forcément le nom.

Un flou artistique au profit des charlatans
Le danger réside dans cette appropriation erronée qui détourne l’attention des véritables avancées scientifiques et médicales. En usant du jargon scientifique à tort et à travers, les promoteurs de la thérapie quantique créent un flou artistique, une zone grise où la crédulité est exploitée sans vergogne. Cela peut conduire des personnes vulnérables à délaisser des traitements médicaux éprouvés au profit de solutions illusoires, avec des conséquences potentiellement graves pour leur santé. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une longue tradition où le charlatanisme se pare des atours de la science pour mieux séduire. L’utilisation abusive du terme « quantique » illustre parfaitement cette tendance, où l’autorité supposée de la science est invoquée pour légitimer des pratiques dénuées de rigueur et de validation.
Pour contrer cette dérive, il est crucial de promouvoir l’éducation scientifique dès le plus jeune âge et de développer un esprit critique. Il ne s’agit pas de rejeter en bloc toute nouvelle approche thérapeutique, mais de les évaluer avec les outils de la méthode scientifique. Seule une compréhension claire et rigoureuse des concepts scientifiques peut permettre de distinguer les véritables innovations des mirages pseudo-scientifiques. La science, loin d’être mystique ou impénétrable, est un outil puissant pour comprendre et améliorer notre monde, à condition de ne pas la dénaturer par des interprétations fallacieuses. Oui, la réalité n’est pas ce que nous voulons qu’elle soit.
Origines des « médecines quantiques »Les « médecines quantiques », clairementcritiquées pour leur manque de fondementscientifique rigoureux, ont leurs racines dans desconcepts développés au cours du XX ième siècle, notamment les théories des « biophotons »et de la « biorésonance ». Une figure centrale dans l’émergence de ces idées est Fritz-Albert Popp2, un biophysicien allemand dont les travaux ont tenté de relier les principes dela mécanique quantique à la biologie. Fritz-Albert Popp a proposé que les cellules vivantes émettent de faibles quantités de lumière, appelées « biophotons », et que cette émission de lumière pourrait jouer un rôle crucial dans la communication cellulaire et la régulation biologique. Popp a postulé que les « biophotons » étaient capables de transmettre des informations à travers le corps demanière rapide et efficace, agissant comme une sorte de réseau de communication intracellulaire. Selon lui, cette émission de lumière pourrait expliquer certains mécanismes derégulation biologique qui restaient incompris. Les « biophotons », selon Popp, sont émis en quantité infime et leur cohérence pourrait être liée à l’état de santé de l’organisme. Il a suggéré que des déséquilibres dans cette émission lumineuse pourraient être liés à des maladies, et que la correction de ces déséquilibres pourrait être une voie thérapeutique.Cette idée a séduit de nombreux partisans des médecines alternatives, qui y ont vu une explication potentielle des effets de divers traitements non conventionnels.

Parallèlement aux théories de Popp, le concept de « biorésonance » a émergé, prétendant que les fréquences électromagnétiques des cellules et des organes peuvent être utilisées pour diagnostiquer et traiter des maladies. La « biorésonance » repose sur l’idée que chaque cellule et organe du corps humain émet des vibrations électromagnétiques spécifiques et que les maladies peuvent être détectées et traitées enanalysant et en modifiant ces fréquences. Les « appareils de biorésonance » sont censés détecter les « fréquences pathologiques » émises par les organes malades et rétablir l’équilibre en émettant des « fréquences correctives ». Bien que ces concepts soient attrayants et offrent une vision holistique du traitement, ils manquent de validation scientifique solide. Les critiques soulignent que les « théories de la biorésonance »s’appuient sur des interprétations erronées ou simplistes des principes de la physique et de labiologie. Dommage Popp !
Les « médecines quantiques », avec des concepts comme les « biophotons » et la « biorésonance », tirent leurs origines de tentatives de relier les phénomènes biologiques à la physique quantique. es théories de Fritz-Albert Popp sur les « biophotons » ont ouvert la voie à une vision de la biologie où la lumière et la communication électromagnétique jouent des rôles clés. La « biorésonance » a élargi cette vision en prétendant pouvoir diagnostiquer et traiter des maladies par des fréquences électromagnétiques. Malgré leur attrait et leur potentiel innovant, ces théories ne valent pas grand-chose d’un point de vue théorique et expérimentale. Les critiques les accusent d’utiliser des concepts scientifiques manière incorrecte et de manquer de preuves empiriques solides. L’engouement pour les médecines quantiques persiste, alimenté par une quête de solutions holistiques face aux défis de la santé moderne. Au lieu de ça, il y a plus de dérives thérapeutiques et sectaires, que de propositions solides autour des médecines douces. C’est fâcheux.
Article publié dans le numéro 1 de Pensée Magique, par Remi Rabouan.
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