Par @Camibiodynamite
De la caméra cachée, au one woman show, en passant par des chroniques « humour » sur France Inter, Marie s’infiltre, de son vrai nom Marie Benoliel attire aujourd’hui des centaines de milliers de spectateurs dans son spectacle hybride oscillant entre l’humour de mauvais goût, développement personnel et délires ésotériques.
Lorsqu’une potentielle dérive sectaire se pare des atours d’un spectacle humoristique, les drapeaux rouges ne se lèvent pas tout de suite. Cependant, dans un soucis de veille et de prévention, il est de notre devoir citoyen de rester vigilants et d’alerter sur ce qui, selon toute vraisemblance, tiens du développement personnel sauvage de la thérapie de groupe sans fondements et du culte de la personnalité.
Marie s’infiltre propose des spectacles depuis 2017. elle se plaît à raconter inlassablement qu’elle a d’abord été à Sciences Po avant de tout larguer pour intégrer le Cours Florent. Elle démarre sa carrière publique en faisant des caméras cachées dans les rues, sortes de pranks potaches diffusés sur les réseaux, où elle rencontre un certain succès. En septembre 2025, elle devient chroniqueuse dans la grande matinale de France inter pour un son billet d’humour qui sera vivement critiqué. Le public est unanime : elle n’est pas drôle. Mise à la porte de la radio au bout de deux mois, elle plaidera qu’elle n’a jamais voulu faire rire.
Sur ses réseaux, elle explique ce qu’elle tente de nous vendre : le culot, la subversion, la libération personnelle au travers d’un story telling appuyé, inlassablement rabâché. Marie adore parler de Marie. Marie aime dire que Marie s’est libérée de ses carcans pour poursuivre son rêve (rater Sciences Po pour intégrer une école de théâtre). Elle invite son public à suivre son exemple, marcher dans ses pas, la prendre pour guide (en sanskrit guide : gourou) : c’est mignon sur le papier, mais c’est probablement plus réalisable lorsque, comme elle, fille d’avocat, on est issu d’une classe aisée. Son culte de la personnalité tourne essentiellement autour de son « culot » (titre de son spectacle), qu’elle n’a de cesse de mettre en avant.
Des prétentions thérapeutiques
Et parlons-en de son fameux «culot». Si, en 2026, la subversion se résume à se montrer nue et à faire des doigts d’honneur, (ce que Marie exécute ad nauseam dans son spectacle) sans autre réflexion que «c’est rigolo et provoc’», alors on file droit vers une véritable idiocratie. C’est pourtant ce que propose Marie dans son spectacle, entre deux séances de pseudo-thérapie de groupe, transformant la vulgarité gratuite en provocation supposément inspiratrice et en voie vers la libération personnelle.
Maintenant que le personnage est situé, concentrons-nous sur la véritable problématique du spectacle. Dans son teaser, Marie annonce d’emblée : « ce spectacle n’est pas fait pour tout le monde ». Elle précise qu’il s’adresse à des « sensibilités particulières en besoin de rupture et de changement », à des personnes « blessées par la disharmonie de vivre ». Autrement dit, elle désigne explicitement comme cœur de cible des individus en situation de vulnérabilité psychique ou existentielle.
Elle poursuit en expliquant que l’objectif est de provoquer un impact, immédiat ou différé, allant jusqu’aux insomnies et à une « profonde remise en question ». Puis elle insiste : le spectacle serait destiné à ceux « capables d’accepter la gêne », de « ne pas avoir peur d’être mal à l’aise, d’être remués ». Le registre change alors : on ne parle plus d’une expérience artistique, mais d’une déstabilisation assumée, orientée vers des publics fragiles ou en quête de sens. Marie ne dissimule pas son intention de provoquer, de déplacer, voire de conduire émotionnellement une foule.
La question demeure dès lors ouverte : vers quoi, et selon quelles limites ?
Enfin, Marie présente son spectacle comme une forme de thérapie personnelle et collective. Les termes sont posés sans ambiguïté. Or, sans formation ni cadre thérapeutique reconnu, elle revendique ainsi une fonction de soin auprès de milliers de spectateurs, brouillant dangereusement les frontières entre création artistique, accompagnement psychique et mise sous influence.
Une dérive mise en scène
Dès son arrivée son public est invité de manière répétée à scanner un QR code et à y renseigner « son plus grand rêve » et «sa plus grande peur» au travers d’une voix off ( celle de Marie ) sur un ton de prédication :
« Qui que tu sois dans cette salle, il existe en toi quelque chose d’aussi douloureux que de grand et vertigineux, c’est ce rêve, alors écris-le. Qui que tu sois dans cette salle, il y a quelque chose qui t’empêche d’accomplir ce rêve, c’est cette peur, alors écris-la. »
Ces deux leviers classiques du coaching en développement personnel, popularisés notamment par Tony Robbins, ont pour effet de placer les individus dans un état de vulnérabilité émotionnelle accrue. Se confronter à ces questions, les formuler pour soi, puis potentiellement les livrer à un dispositif collectif, voire à des milliers de personnes, revient à exposer des dimensions parmi les plus intimes de l’existence. Ce type de mise à nu, lorsqu’il est induit dans un cadre asymétrique et spectaculaire, ne relève pas d’une simple introspection anodine : il prépare un terrain psychologique propice à l’influence, à l’adhésion, à la fragilisation extrême de la personne et à la suspension de l’esprit critique.
Selon les articles de Marianne et des Inrockuptibles (liens en sources), Marie instrumentalise des personnes de son public, usant de sa posture de personnage central charismatique, pour ses mises en scène aux relents nauséabonds de sectarisme : forçant par exemple deux femmes, choisies au hasard et ne se connaissant pas, à se tenir les mains et à se regarder « comme si elles étaient les meilleures amies du monde ».
Ce type de dispositif repose sur une contrainte douce mais réelle. Le cadre est imposé, la scène est publique, et la pression du groupe rend toute possibilité de refus socialement coûteuse. Les participantes ne consentent pas librement à l’expérience : elles y sont entraînées par l’effet de surprise, l’autorité symbolique de Marie et la peur implicite de « mal faire », ou de rompre l’élan collectif. En fabriquant artificiellement une intimité émotionnelle entre des inconnues, la mise en scène court-circuite les frontières psychiques ordinaires. Elle impose une proximité affective qui n’a pas été choisie, ni construite, mais décrétée. Ce brouillage des repères est un ressort classique des dynamiques d’emprise.
Toutes ses tactiques manipulatoires ne seront pas énumérées ici, tant elles sont nombreuses, mais ce qu’il faut retenir, c’est ceci : Ce type de pratiques ne visent pas l’autonomie ou la réflexion critique du public, mais son alignement affectif. En donnant à voir une communion forcée, en décidant de faire de la captation assumée de personnes vulnérables, en mettant à nu les peurs et les rêves de tout son public, Marie met en scène une illusion de lien entre elle et ses spectateurs, de révélation transformatrice, tout en normalisant la transgression de l’intime. C’est précisément ce glissement du volontaire au contraint, du personnel au spectaculaire qui inscrit ces performances dans une logique manipulatoire plutôt que humoristique ou relevant du simple spectacle de divertissement.
Le ministère de la honte
Selon de nombreuses critiques, le spectacle de Marie repose sur une mise en scène de l’humiliation du public : elle compte les personnes noires et arabes dans la salle, les interpelle pour en faire des objets de moqueries, elle se frotte à des hommes âgés dans une attitude évoquant le pipe show. En dépit du mauvais goût évident de ces pratiques, le spectacle a pourtant bénéficié du soutien du ministère de la Culture.
Vous vous souvenez du QR code évoqué plus haut, invitant les spectateurs à confier leurs peurs et leurs rêves ? Selon Marianne, le spectacle se conclut par un coup de théâtre : Rachida Dati apparaît sur écran géant pour annoncer que ces rêves sont désormais « enregistrés au ministère de la Culture ».
Qu’elle soit symbolique ou non, cette séquence constitue une validation institutionnelle sans distance critique d’un dispositif reposant sur la mise en vulnérabilité du public et des ressorts classiques de manipulation émotionnelle. En apposant son sceau à un spectacle pourtant largement jugé médiocre et vulgaire par la critique, et dont certains mécanismes relèvent potentiellement de la dérive sectaire, le ministère brouille dangereusement la frontière entre création artistique et pratiques d’influence.
Ce geste s’inscrit dans une continuité préoccupante : en juillet 2024, Rachida Dati décorait Tom Cruise, figure centrale et porte-parole de l’Église de scientologie, du titre de chevalier des Arts et des Lettres. Sans amalgame, cette répétition interroge la légèreté institutionnelle face aux enjeux d’emprise et de manipulation, pourtant abondamment documentés.
TOUS A POIL !

Marie continue de remplir les plus grandes salles de l’Hexagone avec son nouveau spectacle « Culot 2 » jusqu’à l’Accor Arena de Paris, en dépit des très mauvaises critiques provenant du public comme de la presse. Billetterie ouverte, ce sont des centaines de milliers de personnes qui sont concernées. On n’est pas face à une proposition marginale, mais à un phénomène de grande ampleur.
En décembre 2025, Marie Benoliel annonce mettre fin au personnage Marie s’infiltre et à sa carrière d’humoriste. Dans le même mouvement, l’ensemble de ses anciens contenus disparaît des réseaux sociaux. Elle évoque désormais une « mutation » vers une nouvelle forme, volontairement floue, conclue par ces mots : « Quel est ton inconnu, ton vide ? On plonge ensemble ? Alors… TOUT LE MONDE À POIL. »
Ce qui interroge aujourd’hui c’est cette volonté de changer d’angle. De son propre aveu, Marie est en recherche de gloire et d’argent. Elle annonce à nouveau dans ses contenus Facebook que sa représentation « n’est pas vraiment un spectacle », que c’est « transformateur » pour les personnes « dans des situations compliquées »
À mesure que son public s’élargit et que les repères s’estompent, une question demeure : à quoi engage réellement cette invitation à « plonger ensemble » ?



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