Je ne sais pas si vous avez lu cet article.
En substance, une vision y est présentée de manière particulièrement imbuvable et pompeuse.
C’était volontaire (la version simplifiée se trouve à la suite de cette réflexion).
Nous avons voulu « singer » le contenu produit par un milieu depuis une cinquantaine d’années : un contenu parfois nécessaire et souvent pertinent, mais qui n’est en aucun cas fondé sur une véritable prévention, ni réellement destiné à l’ensemble des victimes.
On y retrouve un verbiage faussement pompeux et des tournures volontairement lourdes, tout en y injectant des sources plus ou moins pertinentes et véridiques — que, de toute façon, les lecteurs ordinaires consultent rarement.
Malgré tout, le fond du message, lui, est réellement le nôtre.
50 ans d’entre-soi et de production parfois non scientifique
Trop souvent, les victimes de dérives sectaires sont exclues du débat de fond par ces procédés, notamment par des personnes qui peuvent, par exemple, se faire passer pour des intellectuels en publiant de « fausses études » sur des sites jésuites (ça ne s’invente pas !).

Et cela relève d’une malhonnêteté intellectuelle.
NB : Au sein de Pensée magique, nous sommes les premiers demandeurs d’études fiables issues des sciences sociales ou de la sociologie sur ce domaine. En revanche, nous ne cautionnons en aucun cas la cohorte de faux experts intervenant régulièrement sur ce sujet et faisant figure d’autorité surtout ceux d’obédience psychanalytique.
(Du point de vue de la psychologie sociale, la psychanalyse est inadaptée aux victimes de secte car elle ignore les processus d’influence et de soumission socialement démontrés (conformité, obéissance à l’autorité, engagement progressif, isolement). En recentrant l’analyse sur la personnalité ou les conflits internes, elle occulte les mécanismes situationnels d’emprise, largement validés expérimentalement, et peut conduire à une mauvaise attribution de responsabilité au détriment de la compréhension scientifique de la manipulation sectaire.)
Les experts sur ce sujet le sont-ils vraiment ?
Chez Pensée Magique, par exemple, il nous arrive d’intervenir dans des salons ou auprès de journalistes, mais à aucun moment nous ne nous réclamons experts sur ce sujet. Il serait trompeur de le faire, quand bien même nous aurions une véritable expertise à apporter.
Néanmoins, malgré l’habillage volontairement « m’as-tu-vu » que nous avons adopté, nous avons tout de même intégré des idées qui nous semblent justes.
Les angles morts et la protection des religions « classiques »
Prenons un exemple concret : l’application des critères de la MIVILUDES à des scandales comme celui de Bétharram. Dans ce cas précis, l’ensemble des critères semble réuni. Faut-il alors considérer que Bétharram relève d’une dérive sectaire ?

Certains avancent que ces critères ne devraient pas s’appliquer aux spiritualités ou aux religions dites « classiques ». Mais sur quel fondement ? Lorsque les faits correspondent objectivement aux critères établis, pour quelle raison ceux-ci deviendraient-ils soudainement inopérants ? Nulle part la MIVILUDES n’indique que ses critères, dès lors qu’ils sont pleinement remplis, devraient conduire à des analyses ou à des conclusions différentes selon le cadre religieux concerné.
En réalité, cette position vise surtout à occulter un nombre important de dérives pourtant abondamment documentées, notamment au sein de religions qualifiées de traditionnelles. Chez Pensée Magique, nous refusons cet angle mort.
Notre démarche ne consiste ni à discréditer le travail des associations ni à remettre en cause l’action de la MIVILUDES, qui demeure essentielle et indispensable pour les victimes. Il s’agit, au contraire, d’ouvrir un débat de fond : un débat sincère, rigoureux et affranchi des protections implicites dont bénéficient certains acteurs pour des raisons historiques, culturelles ou politiques. Pour le bien des victimes, il ne faut pas que les zones d’ombre subsistent.
Cette position suscite toutefois de fortes résistances. Pour certains, ces zones d’ombre doivent demeurer intactes, car les éclairer reviendrait à bousculer des équilibres établis et à questionner des autorités longtemps considérées comme intouchables.
Le partage de l’information ne doit pas être réservé à une élite
Pour en revenir à notre “manœuvre” (car chez Pensée Magique nous sommes joueurs surtout avec les gens 1er degrés) : à savoir de recopier allégrement les propositions faites dans ce milieu en terme de non accessibilité notre but était le suivant :
Rendre les choses accessibles, tout comme nous l’avons fait durant le congrès #prisme avec la LSF . Prendre en compte un premier niveau de vulgarisation, pour ensuite doucement, accompagner chaque personne vers le niveau au dessus.
La prévention des dérives sectaires ne peut pas être pensée uniquement pour ceux qui maîtrisent déjà les codes, le vocabulaire et les références académiques. Si l’on s’adresse uniquement à un public déjà formé, on laisse de côté précisément celles et ceux qui en ont besoin.
Les victimes, ou les personnes en situation de vulnérabilité, n’arrivent pas systématiquement avec un bagage théorique solide. Elles arrivent parfois avec de la confusion, de la honte, de la peur, parfois une perte de confiance en elles et dans leur capacité à comprendre.
Leur proposer un discours hermétique, c’est ajouter une barrière supplémentaire. L’accessibilité n’est pas une concession intellectuelle, ni une simplification par le bas. C’est une condition éthique. C’est reconnaître, que comprendre est un processus,pas un prérequis.
Notre rôle n’est pas de trier les publics selon leur « niveau », mais de créer des ponts. D’ouvrir des portes. De permettre une première compréhension, imparfaite mais suffisante, pour que la personne puisse ensuite avancer, questionner, approfondir.
C’est exactement cette logique que nous défendons : partir de là où sont les gens, et non de là où nous aimerions qu’ils soient.
Une remise en question de nos pratiques, dans l’intérêt des victimes
Par cette démarche, nous souhaitions avant tout inviter l’ensemble du milieu produisant des contenus de lutte contre les dérives sectaires à se remettre en question et à prendre immédiatement en compte la nécessité de rendre ces contenus plus inclusifs et plus accessibles.
Cela passe, par exemple, par l’intégration systématique de sous-titres, ou encore par la présence d’interprètes en langue des signes française (LSF) lors des congrès et événements.
Nous voulions ouvrir un débat sur ces enjeux. Cependant, nos détracteurs — défenseurs d’une laïcité à deux vitesses — ne nous en ont pas laissé le temps. Ils ont immédiatement attaqué notre démarche, mettant à mal une initiative certes particulière, mais qui a le mérite de chercher à faire avancer les choses.
Certains sont même allés jusqu’à critiquer notre recours à l’intelligence artificielle, alors même que plusieurs d’entre eux en font un usage régulier, voire excessif, y compris dans des milieux très sensibles tels que l’Éducation nationale (bonjour l’exemple).
À ce sujet, nous avons d’ailleurs réduit l’utilisation de l’intelligence artificielle de 60 % dans notre dernier numéro, et nous avons pour objectif de poursuivre dans cette direction. L’article en question a, par ailleurs, été illustré par une photographie réalisée par notre photographe, et l’IA n’a été utilisée que pour effectuer une correction.
Les détracteurs de pensée magique qui sont ils ?
Chez Pensée Magique, disons le d’emblée et sans langue de bois : nous sommes tous athées dans notre position vis-à-vis de la croyance. Nombre d’entre nous sont d’anciennes victimes de dérives sectaires et ont déconstruit leurs croyances grâce à l’apport de l’esprit critique.
Nous revendiquons ouvertement notre athéisme et considérons normal que celui-ci puisse constituer une possibilité de déconversion pour une victime.
Malheureusement, nous sommes régulièrement attaqués par des meutes d’adeptes de tout bords et de bigots qui voudraient que l’on se « déconvertisse » d’une croyance en glissant vers une autre. Nous ne partageons pas ce constat.
Nous avions prévu de diffuser le premier article, puis d’enchaîner avec celui-ci dans les 48 heures. Or, il ne s’est écoulé que 24 heures avant que ceux qui scrutent chacun de nos écrits ne réagissent. Preuve que nous pointons ce qui dérange : faute de quoi, nous serions ignorés. Et, d’un certain point de vue, tant mieux — cela montre que notre message porte.
Cette réaction immédiate illustre précisément le déséquilibre que nous dénonçons : dès lors qu’un discours sort du cadre implicite jugé acceptable par certains milieux, il devient la cible d’attaques coordonnées, souvent plus idéologiques que rationnelles. Le fond du propos importe alors moins que le fait qu’il bouscule des positions établies.
Or, lutter contre les dérives sectaires suppose d’accepter l’inconfort intellectuel. Cela implique de remettre en cause des dogmes, y compris ceux qui se dissimulent derrière des habits culturels, religieux ou institutionnels respectables. Refuser cette remise en question revient à reproduire, sous d’autres formes, les mécanismes mêmes que l’on prétend combattre.
Nous ne prétendons pas détenir une vérité absolue, ni imposer un modèle unique de déconversion. Nous affirmons simplement qu’aucune croyance — religieuse, spirituelle ou idéologique — ne doit bénéficier d’un statut d’intouchable. La protection des victimes exige une approche cohérente, universelle et affranchie de tout privilège symbolique.
C’est dans cet esprit que nous poursuivrons notre travail : avec exigence, esprit critique et une attention constante portée aux personnes concernées en premier lieu — les victimes. Quitte à déranger. Quitte à être attaqués. Car c’est souvent à cet endroit précis que le débat devient enfin nécessaire.
Offrir un choix éclairé
Nous souhaitons offrir aux victimes une véritable liberté de choix : le choix d’adopter une nouvelle croyance spirituelle… ou celui de ne pas en avoir.
Et cette position est mal perçue par un milieu de la lutte contre les dérives sectaires majoritairement catholique ou croyant spirituel en tout genre, qui cherche à maintenir cet état de fait.
La liberté de ne pas croire est pourtant un droit fondamental, au même titre que la liberté de croire. Elle est indissociable de la laïcité, qui ne protège pas les religions, mais bien les individus : croyants, agnostiques ou athées...
Pour de nombreuses victimes de dérives sectaires, ne pas croire n’est pas un manque, ni un vide à combler, mais une reconstruction. Après avoir été privées de leur esprit critique, de leur autonomie et parfois de leur identité, certaines n’aspirent pas à remplacer un système de croyances par un autre, mais à se réapproprier leur liberté intérieure.
Imposer, même implicitement, une « croyance « spirituelle » de substitution » revient à reproduire des mécanismes que l’on prétend combattre : dépendance idéologique, autorité morale incontestable, et culpabilisation de celles et ceux qui s’en écartent, tout en ayant à une douce histoire emplie de magie, et d’un absence de preuve.
Reconnaître la liberté de ne pas croire en une spiritualité, c’est accepter que l’issue d’un parcours de sortie de l’emprise puisse être l’athéisme, le scepticisme ou simplement l’absence de toute spiritualité. Ce n’est ni une dérive, ni un échec : c’est un choix légitime.
Défendre cette possibilité, ce n’est pas militer contre les religions, mais contre toute forme d’assignation. C’est rappeler que la reconstruction des victimes ne doit jamais être orientée, mais accompagnée, dans le respect de leur autonomie et de leur pluralité de trajectoires.
Pour conclure car cet article est déjà bien trop long.
Nous aimerions que les intervenants vulgarisent leurs contenus de manière inclusive, lorsque cela est possible. Comme ceci, par exemple :
Les fiches biodynamie de Kartapuss
Bande dessinée du Caffes
Congrès Prisme
Nous souhaiterions ouvrir le débat sur un certain nombre de sujets, de manière démocratique et dans l’intérêt des victimes. Nous n’avons pas la prétention de détenir un savoir absolu, ni de connaître des solutions adaptées à l’ensemble des problématiques. Néanmoins, un débat apparaît nécessaire afin de dégager certains consensus pertinents.
À ce titre, vous pouvez nous envoyer toutes vos remarques à ce sujet ; nous ouvrirons également prochainement des Spaces sur X, accessibles à toutes et à tous, afin de débattre de ces questions.
Toujours dans un esprit d’ouverture, et conformément à notre démarche visant à promouvoir l’accessibilité, nous mettons à disposition une fiche destinée à aider chacun à rendre ses contenus plus accessibles.
Nous publierons enfin, dans le prochain numéro, un guide complet consacré à cette thématique.
En attendant voici un premier jet :
Fiche accesibilité
Voici l’article précendent écrit de façon moins pompeuse :
La prévention des dérives sectaires est aujourd’hui un enjeu important pour la société. Elle concerne à la fois la cohésion sociale, la santé publique et la protection des libertés individuelles. Même si des dispositifs existent désormais pour signaler les situations à risque et accompagner les victimes, la prévention reste très inégale. Les actions menées sont souvent dispersées, peu coordonnées et insuffisamment appuyées sur les sciences sociales ou le droit. Cela montre la nécessité de repenser ce que l’on attend réellement de la prévention, à qui elle s’adresse et comment elle doit être menée.
Pour être efficace, toute action de prévention doit avoir des objectifs clairs et savoir à quel public elle s’adresse. Sans cela, elle se limite à des déclarations de principe sans réel impact. Parler de prévention sans définir de public précis, ou diffuser des informations de manière vague et désorganisée, empêche les personnes concernées de comprendre et d’utiliser ces connaissances.
Cette difficulté est particulièrement visible dans le domaine des dérives sectaires. L’expérience montre que se présenter comme expert ou afficher une grande culture sur le sujet ne garantit ni une bonne analyse ni une réelle capacité à toucher le grand public. Certaines figures autoproclamées expertes, parfois soutenues par des réseaux militants ou médiatiques, ont diffusé des visions simplifiées ou erronées du phénomène sectaire, loin des mécanismes réels de l’emprise psychologique.
Dans ce contexte, la prévention ne peut pas consister à vouloir tout expliquer d’un seul coup. C’est une illusion de penser qu’une seule intervention peut transmettre l’ensemble des connaissances nécessaires. Une prévention efficace doit au contraire être progressive. Elle doit d’abord éveiller l’attention et susciter des questions, puis permettre, dans un second temps, un approfondissement. L’objectif n’est pas de convaincre immédiatement, mais de rendre possible une compréhension future.
Pendant longtemps, l’analyse des dérives sectaires s’est surtout concentrée sur les croyances des groupes concernés et sur la figure de la victime. Les mouvements sectaires ont ainsi été étudiés principalement à travers leurs doctrines ou leurs discours, comme s’il s’agissait avant tout d’idées étranges ou marginales. Cette approche est aujourd’hui jugée insuffisante. En se focalisant sur les croyances, elle néglige fréquement les mécanismes psychologiques, relationnels et sociaux qui permettent l’emprise. Elle risque même de reproduire une logique proche de celle des groupes étudiés, en accordant trop d’importance au discours sans analyser ses effets concrets sur l’autonomie des individus.
À cela s’ajoute souvent une vision élitiste de la lutte contre les dérives sectaires. Certains acteurs considèrent implicitement que ce domaine devrait rester réservé à un petit cercle de spécialistes. Cette confiscation du savoir est incompatible avec une véritable démarche d’éducation populaire. Elle empêche la diffusion large des outils critiques nécessaires pour prévenir efficacement les situations d’emprise.
Historiquement, ce milieu a aussi fonctionné en vase clos. Par souci de contrôle, les échanges avec l’extérieur ont été limités, ce qui a conduit à tracer des frontières implicites entre ce qui était considéré comme sectaire et ce qui ne l’était pas. Les religions dites « traditionnelles » ont souvent été épargnées par cette analyse, ce qui a instauré une hiérarchie implicite entre différentes formes de dérives.
Cette situation pose un vrai problème pour la prévention. Comment expliquer qu’un discours est problématique lorsqu’on observe des mécanismes similaires dans des religions reconnues ? Les critères définis par la MIVILUDES — comme la perte du sens critique, la soumission psychologique, l’isolement, le rejet des savoirs extérieurs ou le contrôle des comportements — ne dépendent pourtant pas du statut officiel d’un groupe. Ils concernent les mécanismes d’emprise eux-mêmes, quels que soient le cadre ou l’étiquette.
C’est ici qu’intervient la notion de pensée magique. Elle joue un rôle central dans de nombreuses situations d’emprise, car elle propose des réponses simples et rassurantes à des problèmes complexes ou angoissants. La psychologie sociale a bien montré comment ce type de raisonnement fonctionne : attribuer des événements au surnaturel, croire à l’efficacité automatique de rituels ou penser qu’un comportement moral garantit une protection ou un salut.
Ces mécanismes ne sont pas propres aux groupes qualifiés de sectaires. On les retrouve aussi dans certaines religions institutionnelles, notamment lorsque les croyances ne peuvent pas être remises en question, que l’autorité est sacralisée ou que la culpabilité et les promesses conditionnelles sont utilisées. La difficulté à analyser ces mécanismes vient souvent d’une confusion entre le respect des personnes et l’idée que les croyances seraient intouchables. Or, dans une société laïque, la liberté de croire n’empêche pas l’analyse critique des croyances.
La prévention gagne donc à établir un lien clair entre la lutte contre les dérives sectaires et le développement de l’esprit critique. Expliquer au grand public des notions issues de la psychologie sociale — comme les biais cognitifs, l’influence de l’autorité, la conformité ou la dissonance cognitive — permet de rendre ces phénomènes plus compréhensibles. Cela montre qu’ils reposent sur des mécanismes humains ordinaires, et non sur des situations exceptionnelles.
La prévention ne doit pas s’adresser uniquement aux victimes avérées. Elle concerne aussi les proches, les familles, les professionnels, les journalistes et le grand public. Elle doit porter une attention particulière aux publics vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées ou les personnes en situation de fragilité sociale.
Il est également important de rappeler que la prévention ne doit pas imposer un modèle unique de victimisation. Les personnes concernées doivent pouvoir s’exprimer à différents moments de leur parcours, qu’elles soient en phase de doute, de prise de distance ou de reconstruction. La diversité des témoignages permet une meilleure reconnaissance des expériences et facilite des prises de conscience progressives.
Dans cette optique, il est essentiel de développer des outils permettant une compréhension partagée des mécanismes d’emprise. Ces outils doivent aider les personnes à mettre des mots sur leur vécu et permettre à celles et ceux qui les écoutent d’éviter des jugements uniquement émotionnels ou moraux.
Les témoignages d’anciennes victimes peuvent être utiles, à condition qu’un travail de recul et de déconstruction ait été fait. Sans cela, certains récits risquent de conserver des ambiguïtés ou de reproduire, involontairement, des schémas d’emprise.
Un aspect encore trop peu pris en compte concerne le vide et l’angoisse qui suivent souvent la sortie d’une dérive sectaire. L’emprise fournit une vision du monde, une identité et un sens à l’existence. En sortir provoque une perte de repères profonde, pouvant entraîner un sentiment de vide durable et une forte angoisse.
Sur le plan social, cette situation correspond à une perte de repères. Sur le plan psychologique, elle constitue une période de grande vulnérabilité, surtout lorsque les personnes n’ont pas développé auparavant un esprit critique suffisant. Sortir d’une emprise n’est pas une libération immédiate, mais un processus long et parfois instable.
Sur le plan clinique, cette sortie s’accompagne souvent d’un traumatisme complexe. Les effets peuvent être durables : difficultés à gérer les émotions, troubles de l’estime de soi, sentiment de perte d’identité, hypervigilance. Le traumatisme ne vient pas seulement de violences visibles, mais de l’atteinte prolongée à l’autonomie psychique.
Les dispositifs actuels d’accompagnement prennent encore mal en compte cette réalité. Ils se concentrent souvent sur l’information ou la reconnaissance des faits, au détriment d’un véritable suivi psychologique. Cela conduit parfois à minimiser la souffrance et à considérer les difficultés persistantes comme un manque de résilience.
Les contraintes institutionnelles, souvent marquées par des délais courts et un manque de continuité, sont peu adaptées à ces parcours complexes. L’absence de suivi clair expose les personnes à des ruptures de prise en charge.
Enfin, l’efficacité de la prévention dépend aussi de la manière dont les messages sont transmis. La confrontation à des faits peut provoquer un choc utile pour déclencher une prise de conscience. L’humour, lorsqu’il est bien utilisé, peut aussi aider à créer une distance critique et à mieux mémoriser les messages.
Le manque de repères critiques constitue un facteur majeur de vulnérabilité face aux dérives sectaires. Cette vulnérabilité n’est pas liée à des faiblesses individuelles, mais à un manque global de compréhension des mécanismes d’influence. La prévention ne peut donc pas se limiter à transmettre des informations ou à s’appuyer sur des discours d’experts. Elle doit viser à développer des capacités de discernement utilisables dans d’autres situations de domination ou d’influence.
C’est à cette condition que la prévention peut réellement jouer son rôle : permettre au plus grand nombre d’identifier les mécanismes d’emprise avant qu’ils ne produisent leurs effets.





