Interview : Vled Tapas, la science pour tous !

Dans la continuité des rencontres avec des personnalités clés sur le site Pensée Magique, je souhaitais particulièrement mettre en lumière une personne discrète ces dernières années, mais dont l’action et l’humanité font progresser l’esprit critique sur des terrains encore peu explorés.

Je parle bien sûr de Vled Tapas, co-créateur de La Tronche en Biais.

Son apport est d’autant plus important qu’il œuvre à rendre la pensée critique accessible à tous. Il adapte ses contenus et ses interventions pour inclure les personnes en situation de handicap, avec une attention toute particulière portée aux publics concernés par un handicap auditif.

Grâce à cette démarche inclusive, Vled contribue à démocratiser la réflexion critique, en s’assurant que personne ne soit exclu du débat, quelles que soient ses capacités.

À travers son travail, il offre un regard clair et accessible sur des sujets complexes, alliant rigueur scientifique et pédagogie, tout en restant connecté aux préoccupations du plus grand nombre.

Cette rencontre est une opportunité rare de plonger dans l’univers d’un engagement passionné pour la pensée critique, guidé par des valeurs d’inclusion et de partage.



1/ Peux-tu te présenter pour celles et ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?


Je suis Vled Tapas, médiateur culturel depuis de nombreuses années.
J’ai commencé mon parcours sur internet avec une conviction forte : sortir le savoir des universités et des musées pour le rendre accessible à ceux qui y ont le moins accès.

Au départ, je pensais surtout aux personnes en difficulté financière. Puis, presque naturellement, j’ai élargi cette mission aux publics en situation de handicap, et plus particulièrement aux personnes sourdes.
Pour cela, j’ai appris la langue des signes afin de produire des contenus de médiation adaptés, dans un format qui leur soit le plus confortable possible.



2/ Qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser à la vulgarisation scientifique et à la pensée critique ?

La vulgarisation scientifique est devenue une vocation pour moi à l’université. Ma famille a dû se saigner pour que je puisse accéder aux études supérieures. Je pensais alors à toutes celles et ceux qui pouvaient encore moins se le permettre, et j’ai eu envie de produire gratuitement un savoir accessible à tous.

L’esprit critique, en revanche, est un peu plus complexe. J’ai étudié la musicologie, une discipline scientifique fascinante, mais souvent teintée de pseudo-science, avec une méthode parfois douteuse.
J’avais à cœur de promouvoir une vraie science, pas une parodie au rabais. Je me suis donc intéressé à l’épistémologie, à la méthode scientifique, et, au final, à l’esprit critique.

Il m’a paru important de vulgariser cela aussi. C’est ainsi que j’ai créé La Tronche en Biaissur YouTube, ainsi que l’ASTEC (Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique), avec Thomas C. Durand, ami et collègue.

Aujourd’hui, je médiateur scientifique et culturel, ainsi que responsable accessibilité.
Cette aventure m’a mené bien plus loin que je ne l’aurais imaginé, et rien ne pourrait me faire plus plaisir !



3/ Comment est né La Tronche en Biais ? Quelle était l’ambition au départ ?

Comme je l’ai dit plus haut, mon objectif était de vulgariser une méthode de production et d’évaluation du savoir à la fois rationnelle et accessible à tous.
Il est important de rappeler qu’une bonne méthode ne nécessite pas forcément un matériel coûteux, une paillasse ou des doctorants corvéables à merci.

À l’époque, je ne me voyais pas faire de la médiation un métier, mais plutôt une activité parallèle à mes travaux de recherche.
Aujourd’hui, il est évident que les enjeux liés à l’esprit critique rendent sa diffusion indispensable et prioritaire.



4/ Comment définirais-tu la zététique pour le grand public ?

Avant toute chose, je n’utilise plus vraiment ce terme, que je n’apprécie plus autant.
Je le trouve trop connoté, souvent verbeux, et surtout en décalage avec mon désir de clarté.

Si je devais simplement le définir, je dirais qu’il s’agit de « la méthode scientifique appliquée à la vie quotidienne ».
C’est un moyen de s’approcher, autant que possible, de ce magnifique mais souvent inaccessible horizon qu’est la vérité.



5/ Selon toi, quelle est la différence entre vulgariser et convaincre ?

En vulgarisation, je me contente de donner des outils et des informations.
Le reste du cheminement appartient à la personne qui reçoit ce que je lui offre.

On oublie trop souvent que notre rôle, en tant que médiateurs, n’est pas de convaincre ou de persuader directement.
Ces processus se construisent surtout dans l’échange, l’écoute, et ce sont souvent les proches des victimes de pseudo-sciences qui, armés de nos outils, peuvent engager un vrai dialogue.

C’est un travail essentiel, mais qui dépasse notre portée immédiate.
Il demande confiance et patience.



6/ Quels sont les plus grands défis lorsqu’on vulgarise des sujets liés aux biais cognitifs ou à l’esprit critique ?

En toute sincérité, ce que je reçois le plus, ce sont la haine, les soupçons et le mépris.
J’aimerais pouvoir répondre en parlant des méthodes, des difficultés à définir de bons objectifs, ou même des obstacles politiques auxquels nous faisons face. Ces difficultés, on finit par s’y habituer.

Mais, la détestation permanente, les insultes, ça, on ne s’y fait jamais, et c’est notre quotidien.

Je ne connais ni ne reconnais le Vled que décrivent mes détracteurs.
Ils dressent le portrait d’un personnage détestable, porteur d’idées nauséabondes.
Heureusement, cet homme n’existe pas.



7/ Comment perçois-tu l’évolution du discours scientifique sur YouTube et les réseaux sociaux ?

J’ai parfois l’impression, comme beaucoup avant moi dans ce métier, que ma génération traverse une catastrophe sans nom.
Mais, en me lamentant, je ne ferai pas avancer les choses. Alors, plutôt que de m’apitoyer, je préfère agir.

J’ai la chance de pouvoir en faire mon métier, et ce progrès est déjà remarquable en soi.
Chaque jour, je peux consacrer mon temps et mon énergie à essayer de construire un monde plus cultivé.

Alors, au travail.



8/ Penses-tu que la vulgarisation a un réel impact sur les croyances ou comportements des gens ?

La vulgarisation n’est qu’une des nombreuses formes d’enseignement.
Bien sûr, je crois fermement qu’elle a un réel impact sur les croyances et les comportements des gens.

J’ai toujours dit qu’une société en bonne santé est une société cultivée.
Alors j’ai tout intérêt à faire ma part, en apportant de la culture à mes contemporains autant que possible.

Bien sûr, cela ne suffit pas.
Je le répète : nous créons des outils qui doivent être repris par les proches des personnes aux croyances ou comportements négatifs.

Nous sommes tous alliés dans ce combat, et il n’existe pas une méthode unique qui fonctionne pour tous.
Ceux qui prétendent le contraire ne valent pas mieux que les gourous qu’ils dénoncent.



9/ Comment gérez-vous les critiques, les trolls, ou les opposants aux idées rationnelles ?
En tant que figure publique engagée sur des sujets sensibles, tu es exposé aux critiques, parfois virulentes. Comment vis-tu le harcèlement ou les attaques sur les réseaux sociaux, et quel regard portes-tu sur ce phénomène aujourd’hui ?


Mon thérapeute fait actuellement construire sa troisième piscine. Blague à part : très mal. Régulièrement, je m’impose des pauses, des moments où je coupe totalement les réseaux sociaux. Dès que je peux, je privilégie aussi les interventions en présentiel — visites de lieux culturels, conférences, etc. Être au contact direct des gens me rappelle pourquoi je fais ce métier.

Sur ce phénomène aujourd’hui, je pense simplement que sur Internet, nous sommes déshumanisés, et on déshumanise aussi les autres. On ne réalise pas toujours la violence de nos propos ni qu’à l’autre bout du clavier, il y a une vraie personne.

Sur ce qu’on appelle un « réseau social », j’ai l’impression que les règles sociales et les contrats implicites de respect que nous avons dans la vie quotidienne ne sont pas réellement respectés.

Ce n’est ni original ni nouveau, je ne prétends pas réinventer la roue en disant ça.

Pour être honnête, je peine à avoir un avis très éclairé sur la question : je ne suis pas formé aux problématiques liées à Internet. Il y a d’excellents sociologues qui seraient bien plus qualifiés pour en parler que moi.

Le thérapeute de l’esprit critique, devant sa maison et ces trois piscines.




10/ La pensée critique peut-elle vraiment être un levier de changement social ou politique ?

Le changement social et la politique sont portés par des personnes qui prennent des décisions et mettent en œuvre des actions. À partir de là, je trouve normal de préférer que ces décisions et ces actions soient éclairées.



11/ Quelle est, selon toi, la place de la science dans les débats publics actuels ?

Un rôle de figuration.
Lorsqu’il s’agit de politique, il est évident que les débats publics actuels se moquent royalement de la science. Sur de nombreuses questions, les sciences émettent des avis catégoriques, des consensus solides et largement établis, mais les décisions politiques persistent dans des directions qui sont aux antipodes de ces conclusions. Je pense qu’il est grand temps que le peuple se saisisse de ces problématiques et agisse pour la mise en place et le respect d’une société plus éclairée. Les élus et les élites politiques sont souvent comme des grains de sable dans les rouages d’une société en bonne santé.



12/ Y a-t-il des sujets que tu refuses de traiter par choix éthique ou stratégique ?

Oui



13/ Tu es aussi musicien – est-ce que ton rapport à la musique influence ton travail de vulgarisation ?

Pas vraiment, sauf pour produire des choses plus agréables. En revanche, c’est tout autre chose dans l’autre sens : depuis des années, les textes des chansons que j’écris sont souvent en lien avec mes opinions philosophiques, lesquelles sont nourries par la science.



14/ Est-ce qu’il t’arrive de douter ? Comment gères-tu ces moments de remise en question ?

Cette question est compliquée, car j’ignore quel sens le mot « doute » y prend. Douter de mes idées ? De moi ?
Je doute en permanence. Dans ces moments-là, j’essaie de faire une pause et de prendre du recul sur la situation. Ou bien je demande l’aide des personnes en qui j’ai confiance. J’ai souvent changé d’avis sur bien des choses, et pour moi, c’est très positif.
Je pense qu’on ne valorise pas assez l’importance des opinions évolutives ; elles sont souvent perçues comme une faiblesse d’esprit, la preuve que nos pensées ne valent rien. Pourtant, je crois que c’est tout le contraire.
J’accorde bien plus de valeur à une personne capable de dire « je ne sais pas » ou « je ne suis pas sûre » qu’à celle qui multiplie les « je suis sûre de ce que je dis ».
« J’aime les gens qui doutent », disait la poétesse.



15/ As-tu un épisode ou un projet dont tu es particulièrement fier ?

L’intégralité de mon action se fait en Langue des Signes Française. Depuis trois ans, produire du contenu accessible est ma priorité. Prendre conscience de la pauvreté de l’offre culturelle accessible aux personnes sourdes a été très douloureux pour moi. Aujourd’hui, je souhaite œuvrer pour que cela change.



16/ As-tu des conseils pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans la vulgarisation ?

Être à l’écoute de ses limites. Ne pas hésiter à se rapprocher des autres vulgarisateurs. La plupart d’entre nous sommes ravis d’aider les nouveaux, qui apportent souvent des visions inédites, bénéfiques au renouvellement des idées.



17/ Enfin, si tu pouvais transmettre un seul message au public, ce serait lequel ?

Œuvrez pour l’accessibilité. La plupart d’entre vous bénéficient de chances extraordinaires, de privilèges souvent perçus comme allant de soi : parler la langue du territoire, disposer d’une situation financière au moins vivable, avoir un accès facile à l’éducation… La société, dans l’ensemble, s’est construite autour de nous. Pensons aux personnes pour qui ce n’est pas le cas.



18/ Tu es engagé depuis longtemps pour une vulgarisation plus inclusive. Qu’est-ce qui t’a incité à t’investir sur ces questions, notamment autour du handicap ?

Il y a quelques années, les hasards de la vie ont fait que j’ai croisé une personne sourde oraliste (lisant sur les lèvres et parlant français). Nous sommes rapidement devenus amis, et cela m’a fait prendre conscience de deux choses qui mènent à la même conclusion.
La première, c’est qu’il n’était pas normal que ce soit toujours à elle de se mettre à mon niveau, de se fatiguer à lire sur mes lèvres — un exercice très éprouvant — et de parler ma langue.
La seconde, c’est qu’en me présentant ses amis, elle m’a fait réaliser le peu d’offres culturelles adaptées aux personnes sourdes. Or, la médiation culturelle était déjà mon métier. J’ai donc décidé d’adapter ce métier, ce qui est devenu aujourd’hui ma priorité.
J’ai appris la Langue des Signes Française (LSF) et me suis investi corps et âme dans la communauté sourde et sa culture. J’ai même produit un dossier pour convaincre l’ASTEC, qui m’embauche, de financer ma formation en LSF, ce qui a été accepté. Je ne pourrai jamais assez remercier l’ASTEC pour son soutien dans mes actions en faveur de l’inclusivité du savoir.

Dès que j’ai acquis les bases de la langue en formation, j’ai assisté à tous les événements en LSF possibles, je me suis engagé dans des associations, et je me suis fait des amis dans cette langue… Et me voici aujourd’hui. Comme pour toute culture, la LSF ne peut exister sans les personnes qui la portent. Même si c’est devenu une culture d’adoption, je reste un entendant qui l’a découverte à l’âge adulte. L’apport des personnes sourdes elles-mêmes est essentiel à la bonne pratique de mon engagement.

Par la suite, les choses sont allées vite. Le milieu de l’accessibilité est très petit. J’ai été contacté par Blind Vador, un camarade aveugle qui m’a beaucoup appris sur les outils pour rendre le travail accessible aux personnes non-voyantes. Depuis, je fais de mon mieux pour que mes interventions ne laissent personne sur le carreau.
J’ai en tête une autre anecdote concernant la cécité, mais j’ai la sensation que cette réponse est déjà bien longue.


19/ Peux-tu nous parler de ton lien avec la langue des signes française (LSF) ? Comment cela s’est-il intégré à ton travail de vulgarisation ?


La LSF est devenue ma deuxième langue, bien plus encore que l’anglais que j’utilisais pourtant quotidiennement dans le cadre de la recherche et de la médiation. Aujourd’hui, autant dans mon travail que dans mes relations amicales, la LSF est toujours présente.
Dans mon travail de vulgarisation, elle s’est intégrée sans trop de difficulté : je fais simplement le même travail qu’avant, mais plus dans la même langue. Bien sûr, j’ai aussi adapté mes pratiques : beaucoup moins de texte à l’écran lors de mes conférences, plus d’images, et des repères visuels plus fréquents.

Une véritable difficulté vient du fait que, puisque l’éducation des sourds en France est loin d’être à la hauteur, cela se ressent dans le lexique en langue des signes, et certains termes manquent. Il faut alors recourir à beaucoup de périphrases.
Mais c’est un travail en cours : des collectifs comme STIM, une association de sourds scientifiques de divers horizons, se réunissent régulièrement tout au long de l’année pour des séminaires de création de signes scientifiques.
Inutile de dire que je participe à chacun de ces séminaires, avec le soutien de ma structure, qui considère cela comme faisant partie intégrante de mes missions.


20/ À ton avis, quelles sont les plus grandes lacunes actuelles en matière d’accessibilité dans le monde de la culture scientifique ?

Une inculture totale. Je constate que beaucoup de collègues sont de bonne volonté, mais les impératifs pour produire du contenu accessible sont souvent méconnus. Sans aller jusqu’à apprendre la LSF — je sais bien que c’est un investissement conséquent — il est essentiel de sous-titrer chacune de ses vidéos, d’éviter les formulations trop complexes, de penser aux textes alternatifs sur les images dans le cadre des réseaux sociaux, et de décrire toutes les images présentées en vidéo.

En vérité, ces actions demandent un tout petit peu de temps, mais ne sont pas compliquées. Il suffit juste de le savoir. Surtout qu’aujourd’hui, grâce aux outils de l’IA, nous disposons de plus en plus de moyens pour effectuer ce travail facilement.

Et à partir du moment où on en est conscient, je confesse une faiblesse : j’estime qu’on n’a plus d’excuse. Le travail de médiateur ou de vulgarisateur, c’est celui d’un pont. Si l’on choisit délibérément d’exclure certaines personnes en ne fournissant pas les efforts nécessaires pour les accueillir, alors on ne fait tout simplement pas le travail.

Je ne reproche rien à ceux qui ne sont pas au courant. En revanche, je suis bien moins indulgent envers les collègues qui savent, mais ne font rien.


21/ Comment peut-on mieux inclure les personnes sourdes, malentendantes ou en situation de handicap dans les contenus éducatifs et culturels ?

Bien sûr, la LSF est la meilleure solution. Les interprètes sont certes coûteux, mais il faudrait que les conférences acceptent d’intégrer ce budget dans leurs financements. On ignore souvent que 80 % des sourds ont des difficultés avec le français écrit, et un sourd qui maîtrise ce dernier est considéré comme bilingue. La LSF et le français n’ont pas grand-chose à voir, que ce soit en termes de vocabulaire — le phonème ou graphème « arbre » et le geste d’agiter une main tendue vers le haut sont assez peu liés — ou en termes de construction pure, la syntaxe de la langue des signes étant visuelle et spatiale.

En tant qu’indépendant, comme je l’ai dit plus haut, le sous-titrage est un minimum nécessaire, pas une panacée, mais un bon compromis pour les sourds qui comprennent le français, même si ce n’est qu’à travers des formulations simples. Il faut justement éviter les constructions trop complexes.

Il faut garder à l’esprit que si nos travaux sont accessibles aux personnes en situation de handicap, alors ils le sont pour tout le monde. Lorsque je fais l’effort de simplifier mes interventions, j’accueille non seulement les personnes sourdes, mais aussi les nouveaux arrivants en France qui ne maîtrisent pas encore bien la langue. Au final, tout le monde y gagne.


22/ As-tu des exemples concrets de projets ou de collaborations où ces enjeux ont été bien pris en compte ?

Je travaille beaucoup avec la Cité des Sciences et de l’Industrie, ainsi qu’avec Claire Garguier, leur responsable accessibilité permanente à la bibliothèque. Nos efforts vont dans la même direction, et ce sont des alliés que je chéris tout particulièrement.
Dans l’ensemble, la plupart de mes partenaires de longue date m’épaulent. Nous partageons des philosophies similaires et avons à cœur de construire une société plus cultivée dans son ensemble.
Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, mes actions en faveur des personnes en situation de handicap s’inscrivent dans la continuité logique de mon travail de médiation, que je mène depuis toujours.



23/ Est-ce que tu as rencontré des obstacles ou des résistances dans cette démarche d’inclusion ? Comment y faire face ?

Plus souvent pour des raisons financières qu’autre chose. Et hélas, la question de « comment y faire face » se pose…
À moins d’un changement total de politique française, qui considérerait l’accessibilité comme une nécessité et non comme un simple « facultatif » au budget — un « peut-être, je ne sais pas, on verra s’il reste de l’argent après les petits fours du cocktail » — je ne vois pas vraiment ce qu’on peut faire.



24/ Tu as spécifiquement alerté sur les risques de recrutement sectaire ciblant les personnes en situation de handicap. Selon toi, quelles seraient les pistes concrètes pour lutter efficacement contre ces pratiques ?

La première piste est d’offrir du contenu de sensibilisation accessible : en LSF, en braille, etc. À plusieurs reprises, j’ai alerté des camarades sourds sur les dérives existantes, et trop souvent leur réaction a été de constater que, dans leur entourage, quelqu’un correspondait à plusieurs critères et était probablement victime. L’ennemi principal, c’est la méconnaissance du problème.

Bien sûr, il faudra ensuite pouvoir accueillir et accompagner ces personnes. Il était plus que temps que la Miviludes s’empare de cette problématique ; leur partenariat avec Acceo (service d’interprétariat en LSF) est une excellente nouvelle.


25/ Comment penses-tu que l’esprit critique doit être transmis, notamment aux plus jeunes et aux publics les plus vulnérables ?

Au plus tôt et dans la plus grande bienveillance. Nous nous antagonisons bien trop souvent et faisons preuve d’une arrogance excessive lorsqu’il s’agit de diffuser l’esprit critique. C’est ironique, compte tenu de l’humilité que cette démarche devrait pourtant requérir.

C’est surtout compliqué parce que nos actions en tant que médiateurs consistent très souvent en une diffusion pure : nous produisons des contenus, nous parlons — beaucoup — mais nous écoutons peu. Et nous ne pouvons d’ailleurs pas vraiment le faire ; c’est le rôle des proches, eux seuls ont cette possibilité. C’est pourquoi je dis souvent que nous fournissons des outils.

On se contente trop souvent de penser — sans doute à raison — que nous sommes du bon côté, ce qui nous autoriserait à être péremptoires et méprisants. Pourtant, il faut se rappeler qu’à l’autre bout de la chaîne, il y a des complanétaires qui ont besoin d’écoute, pas de jugement.


Merci à Vled d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Propos recueillis par Mathieu, rédacteur en chef de Pensée Magique.

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